Mon Doctorat à moi, rien qu'à moi (phase 1)

 


A seize ans et demi l'école c'était fini, je ne me souviens pas vraiment si dès la sixième, j'étais vraiment en cours. J'étais présent physiquement mais mon petit cerveau déjà enfiévré était lui, à l'extérieur, je rêvais, regardais par la fenêtre dès que possible... ignorais mes semblables et ils me le rendaient bien. Je les trouvais stupides à jouer au ballon ou a crier pendant ce qu'ils appelaient, la récréation.

Seul l'Anglais trouvait grâce à mes yeux, j'écoutais, ne faisant aucun devoir aucun effort j'écoutais je trouvais ça plutôt agréable. J'ai redoublé un certain nombre de fois et puis dehors !

Père et Mère m'ont trouvé un boulot dès le 1er juillet je suis entré à la Mairie de ma ville, service des HLM armé d'une magnifique Mobylette Bleue équipée de grandes sacoches je parcourais la ville pour livrer des quantités d'enveloppes aux concierges des différents blocs... j'étais dehors sans pratiquement d'horaires, libre et payé à la fin du mois ça commençait pas trop mal.

Après plusieurs mois j'ai été nommé adjoint de bureau et je me suis retrouvé à faire je ne sais quoi dans un bureau avec autour de moi cinq femmes d'âge mûr... j'ai découvert les cancans, les parlottes sans finir, les photos des tout petits, les mots prononcés tout bas lorsqu'elles parlaient de leurs maris, le mousseux tiède dans un gobelet en carton ça ne m'a pas plu, du tout ! Sauf quand je faisais le garçon de course pour Mesdames allez à la pâtisserie chercher le goûter, aller réapprovisionner en café, en thé, en biscuits ça j'aimais bien... j'étais dehors.

Je ne sais trop comment j'ai été Aide Electricien et puis Aide Plombier, le compagnon électricien devait changer les antennes télé des immeubles alors il fallait passer le matos par les cages d'escalier, des mats de 5 mètres de haut qu'on hissait jusqu'au 10 ème, au 15 ème ou au 20 ème étage, la récompense c'est admirer le paysage, la ville la mer depuis le haut des terrasses, on pique niquait même sur les plus belles terrasse.

Avec le compagnon Plombier c'était beaucoup plus dégueulasse on a remplacé les cuvettes des toilettes de je ne sais plus combien d'appartements mais pareil, le collègue était sympa, pas de patron sur le dos... on se marrait comme des cons.

Là-dessus, je sors avec une petite pendant un certain temps, j'étais bien admis dans la famille c'était très classe le père dirigeait l'agence locale d'une administration et un jour je reçois un courrier pour un entretien et le mois d'après j'embauche comme tireur de plans... bon... dès le deuxième jour, je dis bien dès le deuxième jour je me fais alpaguer par le délégué Céjété "dis-donc, tu passes me voir au bureau demain petit" il m'attend toujours, le boulot ne me plaisait pas j'étais seul dans un atelier face à une machine qui pue l'ammoniaque mais je gagne 70 Francs de plus qu'à la Mairie, le seul truc c'est qu'il fallait tenir secret ma relation avec le Boss de la turne, il m'ignorait en semaine et le viquend on se marrait tous les deux, très sympa.

Je fais l'armée... une véritable catastrophe, je suis mis face à beaucoup de misère humaine parmi mes congénaires, la cata.

Après les faubourgs de Compiègne et les marches dans sa superbe forêt je réintègre l'administration ça me coûte de plus en plus j'ai du mal à supporter ces fameux collègues avec dossier sous le bras faisant mine d'être débordés dans les couloirs, les "ça va comme un lundi" les petits cheffaillons, la pouffiasse de l'accueil et ses talons qui me m'exaspèrent... et puis je romps avec ma petite. Et puis je démissionne, mes parents sont fous d'inquiétude "quoi ? quitter une administration comme celle-là on ne te comprend pas..."

Depuis quelques temps je m'étais mis à la voile, au dériveur hein pas paré pour faire la transat mais on se marrait bien, dans la grande rade on sortait par tous temps je m'étais trouvé des potes, fini les conneries à moto, c'était de la flotte glacée et bien salée dans la tronche et c'était le grand pied ! Pendant deux ans je n'ai fait que ça, de la voile, bricolé sur les bateaux et sortir sur l'eau, j'ai beaucoup glandé beaucoup exaspéré mes géniteurs, j'étais logé sur les quais gratuitement je n'avais besoin de rien, je pétais la vitalité, le visage buriné la vie était juste formidable, il faut dire également que je n'avais pas dételé depuis ma sortie de l'école hein... hein !

Pis un jour va savoir pour quoi je parcours le journal local, la concession Renault cherchait un apprenti vendeur, va savoir pourquoi, je me rase me fais couper les cheveux bien comme il le faut mets une une cravate... va savoir pourquoi, je suis pris dis-donc !!

Re-basculement total je découvre les voitures (objet qui ne m'a jamais intéressé) et l'équipe de joyeux cons de vendeurs de voitures... 8 heures du mat' réunion avec le chef des ventes et le proprio du garage on te refile un fichier de prospects et tu te démerdes jusqu'au lendemain 8 heures... c'est pas facile mais je me suis accroché et j'ai plu au Boss qui m'a proposé l'école de vente Renault, 6 semaines à écumer la banlieue de Le Havre alors c'est simple, pas une fiche prospect, rien d'autre que ton catalogue un bon de commande et un stylo tu prends l'ascenseur jusqu'en haut d''un immeuble et tu te tapes du porte à porte systématiquement... ça forge et les mollets et le caractère, la règle est simple tu dois vendre au minimum une automobile sinon c'est la porte et fissa... J'ai vendu une voiture, ça suffisait j'étais de la famille.

J'étais toujours logé gratuitement, j'avais une belle voiture de fonction dont je ne payais pas l'essence et je transportais les potes de l'Ecole de Voile... la vie rêvée.

Vois-tu qu'un beau jour je claque la porte de l'Ecole de Voile pour une histoire à la con, prends la Fuego GTS et vais comme ça, avec un sac minimum à Paris, comme ça... pour voir, et c'est le clou de mon histoire c'est ce que j'ai fait de plus intelligent de toute ma vie. 

Dans la même soirée je croise deux petites dont l'une est assise en face de moi à l'instant, dans notre canapé, ça fait quarante cinq ans de ça... là vois-tu, il faut que je me pince.





* je souhaite te compter parmi mes lecteurs pour la phase 2 de ce récit.



Commentaires

  1. C'était doctorat le mot du jeu ?

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    1. Eh bien dis-donc, ça ta marquée ça !!

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    2. Pardon ? Je posais juste une question. Sinon, perso, en toute liberté, j'aurais écrit en titre "mon université", ou encore mieux "mes universités".

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    3. C'est une très bonne idée Çaufy, lorsque tu auras publié ton billet tu seras aimable de prévenir, je serai heureux de le lire.

      Bleck

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    4. à Çaufy: et pourquoi pas proposer « ma faculté ou mes facultés à moi, rien qu'à moi ». Cela fait un jeu de mot. Le camarade Bleck n'a fréquenté aucune faculté mais il a la faculté d'écrire des billets qui plaisent à bon nombre de ses lectrices et lecteurs.
      à l'ami Bleck: j'écris ça juste pour le jeu de mollet en espérant que le cycliste que vous êtes me pardonnera.

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    5. Je te remercie Madame Chapeau.
      Maintenant je te rappelle pour la dix septième fois que toi, tu peux écrire ce que tu veux... à mon intention ou bien à l'intention de quiconque.

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    6. Si c'est un jeu, je peux également vous remercier, en particulier pour le nombre 17 venu agrémenter votre phrase. En retour, je vous offre le nombre 12. Notre première voiture était une Renault 12 blanche que nous avions surnommée Irma. Mais nous ne l'avions pas choisie, c'est mon père qui nous l'avait refilée.

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    7. "faculté" ou "université" désigne les études tandis que "doctorat" désigne un diplôme, le résultat des études.
      Attendons la fin du récit pour déterminer quel mot convient le mieux.

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  2. Chaotique et varié à souhait. Ou l'art de ne pas se laisser marcher sur les pieds?

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    1. Une vie, nous n'avons qu'une vie Anne, là-dessus j'ai percuté il y a bien longtemps...

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  3. * Lire, c'est bien. Mais lire puis commenter n'est-il pas mieux?

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    1. Je le crois fermement, mais ici chez moi, je crois que je n'ai pas à le redire.

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    2. On peut aussi commenter sans lire, ou en ayant lu que le petit début…

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    3. @ trollface: bien vu et réjouissant à lire.

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  4. Je ferai bien partie des lecteurs de la suite de ton récit et même des suites s'il y en a 🙂J'aime ce que tu racontes et la façon dont tu le fais 👍

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  5. La Fuego ! Et gts en plus ! Qu'est-ce qu'elle était belle ! La tienne était elle bleue métallisé ? 🤩

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    1. Elle était gris métal... une toute autre époque.

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  6. Incroyable, tu as pourtant déjà raconté beaucoup de choses, mais j'ai l'impression que tu as encore beaucoup d'histoires sous le chapeau. Un éditeur, même si il te faut un " nègre "* serait sûrement heureux de te connaître.
    *Je précise que je ne veux pas dire que tu ne sais pas écrire. Mais tout raconter et laisser un autre bosser, ça m'aurait plu !

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    1. C'est tout à fait vrai Louisianne il y a de la re-dite là-dedans mais il me trottait dans la tête depuis quelques temps de livrer mon CV, mon authentique CV.

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  7. Moi aussi je serai là pour la suite depuis le grand Nord ! Parce que j'aime toujours comment tu racontes. Lysa

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  8. Clap! clap! clap! (c'est quoi ceusses qui commentent quand je dors encore)!!

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    1. A se demander s'il y en a qui dorment, c'est ça ??

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  9. Réédition intéressante de ton histoire pour les "nouvelles venues", et pour celles (et ceux) qui étaient passées à côté, ou qui ont oublié ce qu'elles ont lu.

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  10. Vous n'aimez que les petites femmes ? Dans ce cas, quelle taille maximale ?
    Ou bien "petites" est une expression de votre génération pour parler des femmes ? Une façon d'en parler qui pourrait se comprendre à l'aune de votre époque, ceci dit.

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    1. Ton commentaire est blessant il m'attriste Tom, il est probablement fait pour ça.
      J'ai écrit en un jet ce billet, il est vrai que j'aurais pu éviter cette redite maladroite maintenant, ne retenir, ne souligner que ça sur un texte de plusieurs paragraphes me semble moche, un peu "petit"

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    2. Non, ce n'était pas "fait pour ça". Et je n'ai pas trouvé de redite maladroite. Et ce n'est pas parce que j'interroge sur un détail, que je ne me suis intéressé qu'à ça. Mais bon…

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  11. Je reviens demain pour la suite, alors :)

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    1. Tu peux revenir après-demain si tu le souhaites également.

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  12. On a arrêté en même temps l'école. Mais ça se sent plus dans mon orthographe. Ça nous fait un point commun. Jamais eu de fuego quatre chevaux, quatre L et R6 sont mes souvenirs de renault. Évidemment le teasing est trop fort, j'attends impatiemment la suite.

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    1. Oh comme tu t'en doutes ma citation de la Fuégo était anecdotique malgré tout et sans être amateur d'automobiles, je dois reconnaître qu'avoir en dotation une voiture neuve, sans en payer les frais d'entretien et changer tous les six mois c'est tout de même quelque chose d'agréable... Je me souviens par exemple d'une semaine avec une Turbo 5 un monstre à moteur central... à moins de 25 ans tu te souviens d'un truc comme ça !

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  13. Philippe Clay chantait "Mes Universités"... c'étaient les pavés de Paris, pas Jussieu, pas Nanterre. Heu, anti Mai 68 !!

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    1. Je me souviens de ce grand dégingandé, encore un sacré personnage...

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  14. C'est en combien d'épisodes ?

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  15. Un beau chemin de vie, plein de rebondissements. Tout le contraire d'un glandeur, le gars.
    Ce que j'ai préféré, c'est quand même la dernière phrase... C'est beau, cet amour-là...
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Je n'aurais beaucoup pu vivre autrement, je n'avais guère le choix que de bondir et rebondir...

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  16. Comparé à tes débuts prometteurs, j'ai nettement moins tâté de l'Administration que toi, juste 3 mois et seulement quand j'avais pris de la distance à la capitale, ce n'était pas un statut bien vu dans la famille... Mais tu y as survécu, c'est bien ! J'espère des images dans le tome 2, parce que j'ai été bien sage !

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    1. Tu es déçue du fait qu'il n'y ait pas d'images, Agathe... je souhaite que tu ne m'en veuille pas...

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  17. Bon, moi, j'ai lu la 2 avant la 1 que je n'avais pas vue. Faut jamais que je fasse comme le autres .....

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    1. Et tu sais que j'apprécie les rebelles, surtout !

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